Les bastides de Marseille, des domaines agricoles transformés par la ville
Les bastides de Marseille ne sont pas de simples demeures cachées derrière des grilles. Elles racontent l’époque où une ville de négociants s’ouvrait sur ses campagnes, entre oliviers, vignes, jardins d’agrément et résidences familiales. Certaines ont disparu sous l’urbanisation. D’autres accueillent encore des parcs, des musées, des équipements municipaux ou des lieux culturels.
Une bastide marseillaise, c’est d’abord un domaine
En Provence, le mot bastide désigne historiquement un ensemble rural composé d’une maison et de ses terres. À Marseille, cette notion recouvre des réalités variées : maison de campagne, demeure bourgeoise, villa imposante ou bâtiment parfois appelé château. Le point commun reste le domaine bastidaire, une résidence installée hors de la ville dense et associée à une exploitation agricole, à un parc ou à un jardin.

Ces propriétés appartenaient surtout à des familles aisées de la bourgeoisie marseillaise, enrichies par le négoce et les activités portuaires. Elles y séjournaient durant les beaux jours, y recevaient leurs proches et leurs invités, tout en tirant des revenus des cultures. Les oliviers et la vigne participaient donc à la fois au paysage et à l’économie du domaine.
Reconnaître une bastide dans le paysage
Une bastide se reconnaît moins à un style architectural unique qu’à sa relation avec le terrain. La demeure est souvent orientée plein sud pour profiter de la lumière et de la chaleur. Certaines organisations intérieures distinguent les pièces méridionales, appréciées en hiver, des pièces septentrionales, plus fraîches en été. Une longue allée plantée conduit fréquemment jusqu’à la façade et organise l’arrivée sur la propriété.
Autour de la maison, les jardins peuvent associer tracés réguliers, bosquets, terrasses, bassins, petits lacs ou cascades. L’eau, l’ombre et les perspectives occupaient une place importante. Cette composition entre architecture, végétation et terroir distingue une véritable bastide d’une maison isolée.
Bastide, château, villa ou hôtel particulier : quelles différences ?
| Type de demeure | Caractéristique principale |
|---|---|
| Bastide | Maison de campagne intégrée à un domaine agricole et paysager. |
| Château | Terme souvent lié à l’ampleur, au prestige ou à l’apparence monumentale de la propriété. |
| Villa | Résidence d’agrément pensée d’abord pour l’habitation et le confort. |
| Hôtel particulier | Demeure urbaine implantée dans la ville, et non dans un domaine rural. |
Les appellations peuvent se recouper. À Marseille, une même propriété peut être qualifiée de bastide ou de château selon son histoire et son aspect. Le terme « bastide » insiste surtout sur l’origine campagnarde de la demeure et sur l’ancien usage agricole du domaine.
Des campagnes marseillaises à la résidence bourgeoise
Les premières bastides s’implantent à la limite de la ville entre le XIVe et le XVIIIe siècle. Leur essor est particulièrement marqué aux XVIIe et XVIIIe siècles, lorsque les familles prospères acquièrent des terres et développent des domaines agricoles. Entre 1670 et 1700 apparaît un premier schéma architectural de villas d’exception, associé à une recherche de confort et de représentation sociale.

Ces demeures répondaient à un double besoin : quitter la densité urbaine tout en restant assez près du port, des affaires et des réseaux familiaux. Elles accueillaient les séjours de villégiature, les repas en plein air et les promenades. La production agricole y côtoyait les jardins composés et les usages familiaux.
Quand la campagne devient un prolongement de la ville
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreuses bastides se transforment progressivement en résidences principales. L’amélioration des liaisons avec le centre et l’arrivée de l’eau, notamment grâce au canal de Marseille, favorisent l’embellissement des jardins et l’installation durable des propriétaires. Les anciennes campagnes se rapprochent alors d’une ville en expansion.
Les allées, les alignements d’arbres et les axes de vue permettent aussi de lire l’organisation de ces domaines. Ils reliaient le portail, les cultures, les dépendances et la façade principale. Quand un quartier a remplacé les terres, il reste parfois un nom de rue, une courbe de voie ou un grand arbre qui rappelle cette ancienne géographie.
Quelques bastides et domaines à voir à Marseille
Les bastides encore repérables sont dispersées dans plusieurs arrondissements, notamment les 7e, 8e, 9e, 10e, 11e, 12e, 13e, 14e et 15e. Toutes ne se visitent pas de la même manière. Certaines demeures restent privées, tandis que leurs parcs ou leurs nouveaux usages les rendent visibles au public.
Des parcs emblématiques au sud de la ville
Le château Borély, classé monument historique en 1936, est l’un des grands repères du patrimoine bastidaire marseillais. Son parc de 17 hectares permet de mesurer l’échelle d’une vaste propriété de campagne devenue un espace urbain partagé. La Campagne Pastré, acquise par la Ville en 1974, illustre elle aussi la continuité entre demeure, parc arboré et promenade.
La Maison Blanche, acquise en 1978, et la Villa Valmer rappellent que les grandes résidences du littoral et des quartiers méridionaux appartiennent également à l’histoire des villégiatures marseillaises. Leur intérêt tient à la fois à leur architecture et à leur cadre paysager. Le château Saint-Cyr, acquis par la Ville en 1974, s’inscrit dans cette histoire des domaines progressivement intégrés à la ville.
Des reconversions qui préservent la mémoire des lieux
La Magalone, acquise par la Ville en 1987, et La Buzine, devenue la Maison des cinématographies de la Méditerranée, montrent comment une ancienne demeure peut recevoir une fonction collective. Dans les quartiers plus au nord et à l’est, le château de Bois Luzy, acheté par la Ville en 1926, et le château de la Mirabelle, acquis en 1975 puis ouvert au public en 1981 pour son parc, font partie des traces encore lisibles.
Le domaine de Mongolfier a connu une évolution particulière : il devient en 1980 la première ferme pédagogique créée par la Ville. Le Collet-des-Comtes, acquis en 1987, devient la deuxième. Ces reconversions conservent un lien concret avec la vocation agricole originelle des bastides. Trois fermes pédagogiques subsistent après la disparition des dernières fermes agricoles.
Pourquoi tant de bastides ont disparu ou changé de visage
La disparition d’une partie des domaines bastidaires accompagne la croissance de Marseille. L’urbanisation réduit les terres agricoles, lotit de grandes propriétés et fait apparaître de nouveaux quartiers. Avec 260 000 nouveaux habitants annoncés et 148 000 logements à édifier, les anciennes campagnes deviennent d’importantes réserves foncières.
Les parcs, jardins et bastides du 9e arrondissement de Marseille — La page officielle de la Ville de Marseille présente les principaux parcs et jardins du 9e arrondissement, leur histoire et les bastides marseillaises.
Dans les années 1960, la construction de cités sur d’anciens domaines accélère cette transformation. Les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, puis les opérations d’aménagement comme les ZUP et les ZAC, participent aussi à la disparition ou à l’altération de certains ensembles. Une bastide peut survivre sans son parc, tandis qu’un parc peut subsister après la destruction de la maison.
Les protections patrimoniales et leurs limites
Quatre bastides sont indiquées comme protégées par inscription à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques. La Roserie et son parc le sont depuis 1991, Mongolfier et son parc depuis 1993, le Vallon Giraudy et son parc depuis 1995, puis Tour Sainte et sa grande allée depuis 2001. Ces protections concernent le bâti, mais aussi les jardins, les plantations et les perspectives.
Pour découvrir les bastides de Marseille, les parcs publics et les équipements culturels sont les points d’accès les plus simples. De nombreuses propriétés restent privées et doivent être observées dans le respect de leur statut. Regarder au-delà des façades permet de comprendre une ville construite par couches. Sous certains quartiers contemporains demeurent les chemins, les arbres et les noms des anciennes campagnes.
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